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 (Originale) Le gardien du phare (titre provisoire)

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piou
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MessageSujet: (Originale) Le gardien du phare (titre provisoire)   Mar 10 Avr - 21:35

Titre : Le gardien du phare
Fandom : aucun
Diclaimer : Tout est de moi :)
Status : En progrès
Rating: Tout public
Genre(s) : Fantastique (mais faut être patient !)
Résumé : Élisabeth est une jeune chargée de communication en bibliothèque qui vit une routine de "on s'y habitue". Un soir, après une journée classique elle trouve dans son courrier une lettre annonçant le décès de son correspondant. Elle qui avait toujours vécu en se satisfaisant de ce qu'elle pouvait avoir, va se demander si c'est vraiment de ce genre de vie qu'elle rêve ? La réponse est non et alors afin de se retrouver Élisabeth décide de tout plaquer pour aller réfléchir au sens de sa vie chez sa tante dans le Finistère.

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Chapitre 1

Avachie dans sa chaise, Élisabeth regardait les enfants devant elle qui piaillaient inlassablement, même lorsque leurs parents leur faisaient signe d’être silencieux. Si les premières fois elle avait usé d’un regard sévère, elle y avait renoncé depuis trois bonnes minutes. La jeune femme se contentait de faire les entrées et les sorties des livres et autres médias, laissant ses collègues veiller à la tranquillité de la bibliothèque. Il était inutile de s’énerver, lorsque Marie-Anne arriverait, tous ces enfants seraient assis sur des coussins ou à même le sol à l'écouter conter une histoire. À ce moment, la bibliothèque regagnerait son calme religieux et Élisabeth pourrait retrouver le repos dont son cerveau avait besoin. Elle regardait ce spectacle avec lassitude, tous les mercredis après-midi, invariable. Les mêmes portraits de famille, ces mères qui se retrouvaient comme pour un rituel de quartier qu'il ne faudrait point briser et fait de fausses relations amicales ; simple comportement convenu. Elle détestait autant qu’elle aimait ce tableau. Certes il était bruyant et agaçant, mais au fond, il y avait quelque chose de touchant : ces comptes et ces fables, aussi enfantins soient-ils, offraient de  véritables messages sociétaux et philosophiques aux enfants.
Alors qu’elle se perdait en réflexion, une ombre se dressa devant elle, l’obligeant à se reconnecter à l’instant présent. Comme une automate, Élisabeth se redressa, afficha un sourire aimable et commença sa tirade habituelle.  

— C’est pour un emprunt ? Puis-je avoir votre carte de lecteur ? Merci. Voilà pour vous, ce sera à nous retourner pour le 15 février. Je vous le note sur un papier ? Oui vous recevrez un mail de rappel deux jours avant la date et des relances si vous avez du retard. D’accord, pas de papier. Au revoir et bonne après-midi.  

Elle se laissa retomber en soupirant, fatiguée de ce long début de journée. La porte automatique s’ouvrit pour laisser sortir le jeune homme, faisant entrer en même temps le froid hivernal. Élisabeth resserra son châle autour d’elle tout en jetant un œil à la grande horloge murale, encore cinq minutes. Marie-Anne, la magicienne des bibliothécaires, la conteuse pour les enfants, était en retard. Elle avait prévenu qu'elle aurait dix minutes de retard, un problème de RER. Elle était leur magicienne, car nul ne savait comment elle arrivait à calmer les boules d’énergie que ce sont les enfants. Une fois Élisabeth avait essayé de raconter une histoire à sa place, ce fut une catastrophe. Aucun enfant ne l’écoutait, au contraire ils passaient leur temps à babiller et à se plaindre. En fermant le livre, elle avait adressé un sourire désolé aux parents avant de filer dans la salle de repos pour fuir la honte. Depuis elle n’avait jamais réessayé et bénissait Marie-Anne pour le calme qu’elle lui procurait.
Hormis le chahut des enfants, il n’y avait pas beaucoup de mouvement au rez-de-chaussée en ce début d'après-midi. La plupart des étudiants travaillaient à l'étage, les petits vieux, eux, erraient  dans les étages supérieurs à la recherche d’une occupation. En réalité, le rez-de-chaussée était occupé par la section enfants et celle des CD et DVD. Les jeunes y passaient parfois, mais ne s’y arrêtaient jamais. Ils prenaient ce dont ils avaient besoin et disparaissaient de la bibliothèque jusqu’à leur prochain passage. Néanmoins il arrivait qu’elle voie quelques retraités ou parents accompagnant les enfants se poser dans un fauteuil pour écouter un disque. Élisabeth aimait regarder les expressions naître sur leur visage et essayer de deviner ce qu’ils écoutaient. Mais aujourd’hui à 14h27 il n’y avait personne dans les fauteuils. Un long soupir d’ennui s’échappa de ses lèvres quand elle sentit une main se poser sur son épaule. Elle leva son regard fatigué sur un visage féminin rayonnant, marqué par la course dans le froid.

—  Ma sauveuse !
— Tant que ça ?
— Tu entends ça ? C’est le bruit que je subis depuis près de dix minutes !
— Vraiment désolé pour le retard. C'est vrai qu'ils sont particulièrement bruyants aujourd'hui ! Je vais te délivrer en canalisant ces petits monstres pendant une petite heure.
— Que Dieu t’en bénisse, mais ce sera le bonheur de Catherine qui prend ma suite.

Elles s'adressèrent un sourire complice et Marie-Anne se pressa d'aller rejoindre le groupe qui l'attendait. Lorsqu'elle arriva devant l'attroupement d'enfants, ceux-ci se précipitèrent dans ses jambes pour la saluer et s' assirent, à sa demande, calmement pendant qu'elle s'installait sur sa propre chaise. La magie opérait et Élisabeth retrouvait l'ambiance tant appréciée d'une bibliothèque de quartier. Un coup d’œil sur l'horloge guida son regard sur la porte réservée au personnel, Catherine en sortait. Élisabeth quitta sa session, se leva et la salua, se dirigeant d'un pas pressé vers le bonheur : la salle de repos.  

— Alors ces deux heures de service public ?  
— Une horreur Olivier ! Mort, nada, que deux emprunts et un retour. En plus Marie-Anne avait dix minutes de retard, impossible de tenir les gamins... Enfin elle est arrivée et Catherine va pouvoir commencer son service dans le calme.
— Ma pauvre, comme je te plains... Aller viens là, je te sers un thé ?
— Je t'interdis de te moquer de ma peine ! Mais bien volontiers pour le thé.

Sans aucune grâce elle se jeta sur le siège disponible en face de son collègue. Olivier travaillait au 4e étage, celui des livres d'histoire et de géographie. Chez lui non plus, il n'y avait pas foule et ses tables de lecture étaient occupées quand il n'en restait nulle part ailleurs. Pendant une quinzaine de minutes, ils discutèrent de sujets légers sans importance. Olivier fut le premier à s'excuser, devant retourner à son poste pour relayer sa collègue. Élisabeth profita alors du silence de la pièce pour fermer les yeux quelques minutes et faire disparaître un mal de tête naissant. Elle aimait ces instants, où seule, elle pouvait se plonger dans une bulle, laissant son esprit se libérer de toutes tensions. Quand elle les rouvrit, il était temps pour elle de retourner à son bureau, consulter ses e-mails et reprendre sa routine de chargée de communication. L'équipe étant petite, elle servait de renfort pour l'accueil deux fois par semaine : le mercredi en début d'après-midi et le vendredi matin à l'ouverture.
Son bureau était dans l’open space du premier sous-sol, il lui fallut donc descendre un étage pour le retrouver. Au début elle avait détesté travailler dans cet espace, se réjouissant des heures au rez-de-chaussée pour profiter un peu de la lumière naturelle, mais avec le temps elle s’y était faite, préférant ce refuge calme en toute circonstance dans lequel elle retrouvait son confort : sa chaise ergonomique, ses logiciels de graphisme, sa tasse de thé, ses grignotages et surtout ses écouteurs pour un fond de musique classique. La lumière du jour lui manquait toujours cruellement, principalement en hiver, mais comme elle aimait le dire : on finit toujours par s’habituer à tout.  
Sans qu’elle n’y prête attention, le reste de l’après-midi passa et c’est l’apparition de Catherine dans l’open space qui lui fit réaliser qu’il était l’heure de la fermeture. Élisabeth s’empressa de se préparer, envoyant un sourire désolé à sa collègue qui attendait dans l’ouverture de la porte. Catherine en avait l’habitude, c’était d’ailleurs pour cela qu’elle descendait toujours avec cinq minutes d’avance, afin de pouvoir fermer la bibliothèque à 19h pile, comme le voulaient les consignes.
Dehors le temps déprima Élisabeth. La nuit était déjà tombée et la pluie n’avait pas cessé. Enfonçant bien son chapeau, elle salua de la main ses collègues avant de rentrer d’un pas pressé dans la bouche de métro, puis chez elle.
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piou
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MessageSujet: Re: (Originale) Le gardien du phare (titre provisoire)   Sam 21 Avr - 23:55

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Chapitre 2

Élisabeth habitait un immeuble du 13e. Il ne payait pas de mine et son studio n’était pas bien grand : une cuisine, une pièce à vivre dans laquelle tenait un lit simple, une table basse, un bureau, une armoire et enfin une salle de bain, avec une douche dans un angle dont l’un des côtés touchait le lavabo et l’autre les toilettes. Ce n’était pas le grand luxe, mais c’était le mieux qu’elle pouvait se payer, au troisième étage sans ascenseur.

Comme d’habitude le digicode ne fonctionnait qu’une fois sur deux et la porte bien trop lourde grinçait désagréablement, mais elle s’y était faite comme pour tout le reste. Son regard se perdit quelques instants sur la rangée de boîtes aux lettres. Élisabeth trouvait une profonde tristesse dans cet alignement fait de la même matière, de la même couleur, plus ou moins abîmé. La sienne étant celle en meilleur état, juste un peu écaillé autour de la fente accueillant le courrier. Elle ne le relevait pas tous les soirs, c’était inutile : il n’y avait pas grand-chose entre les publicités et les factures. Elle le faisait quand même deux fois par semaine, car elle entretenait cet espoir d’y trouver au milieu la lettre porteuse de bonheur d’Ernest, mais cela faisait deux mois qu’elle n’avait plus de nouvelles de son correspondant. Élisabeth ne savait plus vraiment si elle devait y croire...

Ce soir-là était le premier relevé de la semaine. Elle ne pensait pas trouver, au-dessus d’un prospectus pour une pizzeria du quartier, une enveloppe blanche, timbrée, à l’adresse manuscrite. Lorsqu’Élisabeth la vit, elle songea que c’était un mirage, comme par réflexe elle ferma les yeux et les rouvrit plusieurs fois, mais l’enveloppe n’avait pas disparu. Pour être sûre que ce ne soit pas un rêve, elle se pinça et la petite douleur qu’elle ressentit lui confirma que tout était bien réel. Alors un grand sourire naquit sur son visage et avec empressement elle attrapa la lettre, ferma la boîte et avala les marches quatre à quatre pour s’allonger sur son lit, l’enveloppe entre ses mains, les yeux pétillants de bonheur. Quelle drôle d’aventure Ernest allait-il lui raconter ? Qu’elle souvenir allait-il ressortir de ses 80 ans d'existence juste pour son bonheur ? Elle mourrait d’impatience, mais en même temps elle voulait profiter de cette douce excitation. Élisabeth resta plusieurs minutes à faire mille et une suppositions sur son contenu. Elle rêvait qu’il lui conte son service militaire ou bien l’histoire de son mariage.

Décidée elle ouvrit délicatement l’enveloppe, prenant sur elle pour ne pas tout déchirer. C’était comme à Noël : un cadeau dont nous connaissons les contours, mais dont nous ignorons le contenu exact. Elle avait la même excitation que l’enfant qu’elle avait pu être par le passé. Si elle s’était préparée à toutes sortes d’histoires, elle était bien loin de s’attendre à celle-ci :

“ Chère Élisabeth,

Je suis désolé de vous écrire cette lettre. Bien plus de le faire avec ce retard, mes frères et moi venons de découvrir les lettres que vous échangiez avec notre père. J’ai pensé qu’il était logique de vous tenir au courant : mon père est décédé il y a deux mois. Un AVC… Il a été enterré dans le village. Je sais que c’est un peu tard et nous aurions aimé vous voir parmi nous lors de la cérémonie. Cependant si vous en avez envie, je vous invite à venir le voir sur sa tombe. Mon père sera certainement très heureux de vous y voir. Dites-le-moi, je viendrais vous chercher à la gare de Laon.

Je vous laisse mon adresse mail : fabienne.leclerc@gmail.fr
Je vous remercie pour les échanges et la compagnie que vous lui avez apporté.

Bien à vous,
Fabienne”

Face à ces mots, Élisabeth ne savait pas comment réagir. Sa bulle de bonheur, celui qui faisait briller ses yeux affadis par le temps, venait de passer l’arme à gauche. Elle en était sûre, ça, elle ne s’y habituerait pas. Les larmes commencèrent à couler le long de ses joues avant même qu’elle en prenne conscience. Elle s'adossa au mur et entoura ses jambes de ses bras, posant son front sur ses genoux. Ce fut avec le son de son réveil qu'elle émergea. Elle se redressa, contemplant la lettre à ses côtés ; l’encre avait formé des flaques là où ses larmes étaient tombées. Élisabeth soupira, collant sa tête contre le mur. Doucement elle se raccrocha à son quotidien : le bruit des travaux sur l’immeuble d’à côté, les enfants qui piaillaient dans le couloir, courant sur le parquet grinçant, la toux grasse du voisin d’au dessus. Toutes ces petites choses l’aidaient à reprendre le cours de sa vie, car, ça, elle s’y était habituée.

Elle avait traîné les pieds jusqu’au bureau et n’avait salué personne, s’engouffrant directement dans l’open space du premier sous-sol. Dans son sac elle pouvait sentir le poids que pesait la lettre, une charge de plomb qui la tirait vers le bas. Comme un automate elle se mit au travail, mettant de côté toutes tâches nécessitant une réflexion. Elle fut sortie de son état par un raclement de gorge persistant. Lorsqu’elle leva les yeux de son écran, Élisabeth aperçut Olivier qui lui lançait un regard désapprobateur. Elle ne pouvait cacher sa surprise ; même s’il était le collègue dont elle était le plus proche, il ne descendait jamais au sous-sol. Alarmée par ce fait elle s’arrêta dans son travail, lui donnant toute son attention. Le bibliothécaire du 4e étage lui fit signe de la suivre et c’est en silence qu’ils traversèrent les couloirs pour arriver dans la sacro-sainte salle de repos.

Comme à son habitude elle s’affala sur un siège libre, le plus proche de la fenêtre. Olivier s’occupait de leur servir le thé, gardant ce mutisme lourd de reproches. N’y tenant plus Élisabeth prit la parole en première.

— Tu ne descends jamais au sous-sol. Que se passe-t-il ?

Il leva les yeux au ciel : c’était elle le problème. Il savait qu’elle n’était pas des plus sociable, pas la plus chaleureuse ni heureuse d’entre eux, mais aujourd’hui il savait que quelque chose s’était passé pour elle. Ils avaient leurs rituels : elle montait à la pause de 11h à la salle de repos pour l’y retrouver, puis à 13h30 pour leur pause déjeuné et quand elle avait un empêchement, elle le prévenait par mail. Il était 15h10 et elle n’avait rien fait de tout cela. Son apparence lui confirma aussi que ça n’allait pas : les yeux gonflés, le regard absent et le dos voûté. Olivier lui tendit une tasse avant de se planter debout devant elle.

— T’as pas le choix, tu parles. Il s’est passé quoi ?

Ses yeux s’arrondissaient de surprise. Jamais ils n’abordaient de sujets trop personnels entre eux.

— Quelle mouche t’a piqué ?
— Celle de "tu brises le quotidien sans aucun préavis”. Alors j’en fais autant pour la conversation.
— Pas d'échappatoire ? Tenta Élisabeth peu convaincue de cette possibilité.
— Pas d'échappatoire.
— OK. Mon correspondant est mort.

Elle avait lâché la bombe si facilement qu’elle en fut surprise elle-même. Olivier lâcha un juron lorsque sa tasse se brisa sur le sol, le brûlant au passage. S'ils ne parlaient pas souvent d’eux, Élisabeth avait mis son collègue dans la confidence de sa correspondance, prenant même plaisir à lui raconter les histoires d’Ernest.

— Merde, désolé.
— Je vais devoir faire avec.
— T’en as envie ?
— À moins que tu saches ramener les morts à la vie, pas trop le choix.
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MessageSujet: Re: (Originale) Le gardien du phare (titre provisoire)   Mer 25 Avr - 18:43

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Chapitre 3

Après une longue discussion avec Olivier, Élisabeth s'était retrouvée à envoyer un mail à cette fameuse Fabienne lui indiquant l'heure d'arrivée de son train. Elle avait décidé d'y aller sur la journée du samedi, en milieu d'après-midi afin de ne pas déranger les activités de la famille. Toute la semaine elle avait cogité sur le fait que ce ne soit pas une bonne idée, mais à chaque fois qu'elle avait voulu annuler, une petite voix, grave et lente, qu'elle avait associée à celle d'Ernest lui disait à quel point il serait déçu de ce comportement. Sa réticence s'était manifestée jusque sur le quai, mais elle avait réussi à prendre sur elle et à présent elle regardait le paysage se déformer sous ses yeux. Elle en avait pour 1 heure 30 de trajet.

Au début elle avait feuilleté un magasine de presse bien-être qu'elle avait acheté au Relay de la Gare du Nord, mais au bout de trois pages son esprit avait préféré la contemplation du paysage pour se laisser aller au souvenir. L'objectif de cet achat avait été d'empêcher son esprit de penser à ce qui l'attendait en arrivant et à Ernest. La dépense fut inutile puisqu'elle était en train de se rappeler comment tout cela avait commencé.

C'était un mauvais jour d'été, ceux dont la canicule vous étouffait et dont la foule vous agaçait. Élisabeth avait passé une journée passablement moyenne au travail et elle n'avait qu'une hâte, rentrer enfin chez elle pour prendre une bonne douche froide avant de se vautrer, glace en main, devant une série Netflix des plus idiotes pour se détendre. En rentrant, elle avait bataillé avec le digicode, s'était presque brûlée la main sur la porte d'entrée et avait jeté son courrier dans son sac avant de rentrer. L'énervement qui s'était collé à sa peau ne voulait pas disparaître, pas même après une bonne douche. Quand elle consulta son courrier ce fut la goûte d'eau qui fit déborder le vase.

— Géniale ! Que des factures et des pubs ! Quelle réjouissance...

Élisabeth jeta le tout sur son bureau et à la vue de son ordinateur une idée lui traversa l'esprit. Si elle voulait que la situation change, il fallait qu'elle fasse le premier pas. Quelques manœuvres plus tard et le choix au hasard d'un destinataire dans l'annuaire en ligne de la poste, elle envoyait une lettre à un certain Ernest Thomas. Elle n'avait aucune idée à qui elle allait s'adresser et si elle passerait pour une folle. Après un mois elle s'était faite à l'idée de ne pas recevoir de réponse. Après tout, elle avait simplement suivi une impulsion, rien ne lui garantissait un résultat. Mais quelle ne fut pas la surprise quand elle découvrit, six semaines plus tard, une lettre manuscrite dans son courrier. Depuis Ernest lui avait conté de nombreuses histoires de son passé et elle s'en émerveillait. En retour elle lui parlait longuement de ses lectures et des expositions qu'elle visitait.

— Mademoiselle ? Mademoiselle ?

C'est la voix douce, mais insistante du contrôleur qui la ramena doucement à la réalité. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre ce qu'il se passait. Élisabeth s'empressa alors de tendre son ticket, qui lui servait de marque-page, à l'homme.

— Pardon, voilà.

Elle reporta son attention sur le paysage, ne remarquant pas le contrôleur qui déposait son billet sur la tablette avant d'aller voir le passager suivant. Ernest avait été un bonheur inattendu dans sa vie, mais aussi éphémère. Elle s'en rendait compte à présent ; c'était un papillon, de ceux que l'on ne cesse d'admirer pour leur beauté, mais qui à la fin du jour s'évanouissent dans la nature. Leur correspondance avait commencé en hiver et prenait fin l'hiver suivant. Comme une boucle de 24 heures.

Lorsqu'Élisabeth sortit de la gare, elle reconnu immédiatement Fabienne. Comme elle le lui avait décrit, elle portait un pantalon marron et un manteau bleu marine. En tant que graphiste elle trouvait cette association de couleur bien audacieuse, mais elle supposa qu'à la campagne peu de personnes se souciaient de leur apparence. La fille d'Ernest s'approcha d'elle, toute souriante et pleine de vie.

— Vous devez être Élisabeth ? Venez, suivez-moi.
— Euh excusez-moi, pourrions-nous passer chez un fleuriste ? Je ne voulais pas prendre le risque qu'elles s'abîment dans le transport.
— Oh oui bien sûr. Il y en a un sur la route, nous y ferons un arrêt.

Dans la voiture, Fabienne fit la conversation seule, s'improvisant guide touristique sur la ville de Laon. Élisabeth aurait trouvé cela charmant et serviable de la part de cette femme si elle comptait s'attarder, mais ce n'était pas le cas. Elle n'écoutait qu'un mot sur deux et son manque de réaction ne semblait pas la vexer. Elle se doutait qu'elle aussi devait être un peu mal à l'aise et ce monologue était un moyen pour Fabienne d'y faire face.

Après être passées chez le fleuriste Fabienne la déposa devant les grilles du cimetière. Elle s'était excusée, prétextant préférer lui laisser son intimité et lui indiqua la route à pied pour venir chez eux. Élisabeth resta plantée devant ces grilles imposantes qui délimitaient la chambre des morts. Encore une fois elle voulut faire demi-tour, elle aurait tant aimé que Fabienne soit à ses côtés pour l'obliger à avancer. Serrant contre elle les roses blanches, elle posa sa main sur la poignée. Sa prise était incertaine et tremblante, pourtant elle y arriva et pénétra  cet espace religieusement silencieux. Elle avançait doucement sur le gravier, se faisant légère pour ne pas réveiller ceux endormis. Sans complication elle trouva la tombe d'Ernest, au fond du cimetière comme lui avait indiqué Fabienne.

— Salut.

Sa voix était brisée, les yeux brillant de larmes. Elle déposa maladroitement le bouquet de rose blanche sur le devant de la tombe avant de s'assoire à même le sol.

— Il paraît que c'est d'usage les roses blanches pour les amis. Je... je sais pas quoi te dire. Enfin si. Merci, t'as apporté un peu de soleil dans le gris de mon quotidien. Je me demande encore comment tu as fait pour ne pas me prendre pour une folle la première fois.

Elle eut un rire amer et les larmes tombèrent comme des gouttes de pluies sur ses joues. Elle se laissa aller sans retenu, après tout les cimetières étaient faits pour cela : laisser une place physique à ceux partis afin que les vivants puissent s'y recueillir. Quand elle se sentit plus apaisée, la voix cassée, elle reprit.

— C'est dommage qu'il ne pleuve pas. Cela cacherait mes larmes... C'est bizarre... Si j'avais un jour imaginé te rencontrer ce n'était pas comme ça. Tu as une bonne tête sur ta photo.

Elle ramena ses genoux contre elle pour y déposer sa tête.

— Tu te souviens, une fois tu m'as demandé si j'aimais ma vie. Je t'avais répondu qu'on avait vu pire. En faite c'est juste que je m'y suis fait, mais je serais bien incapable de dire si j'aime cette vie. Tu étais une parenthèse que je pouvais affirmer aimer, mais pour le reste, je l'ignore.
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MessageSujet: Re: (Originale) Le gardien du phare (titre provisoire)   Mar 22 Mai - 22:05

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Chapitre 4

Élisabeth était restée une petite heure avec Ernest à discuter de tout et de rien, mais aussi de leur échange épistolaire. La scène avait un air surréaliste : elle discutait seule face à une tombe et pourtant elle donnait l'impression de mener une conversation à deux. Lorsqu'elle partit, elle trouva facilement la ferme de Fabienne. Là aussi ses indications avaient été claires. Par chance la propriétaire était dans la cour et lorsqu'elle l'aperçut elle lui fit signe de rentrer. Cette fois-ci Élisabeth n'hésita pas et la rejoignit près des bacs à fleurs.

— Votre train est à quelle heure ?
— Je n'en ai pas réservé. Mais vous pouvez me déposer à la gare, je prendrais le prochain.
— Dans ce cas, laissez-moi au moins vous offrir une tasse de thé et quelques biscuits pour vous réchauffer.

Élisabeth avait bien envie de refuser, voulant rentrer chez elle au plus vite et oublier tous ces évènements, mais elle accepta. Elle suivit la femme à l'intérieur d’une petite cuisine où mijotait un pot-au-feu sur le gaz. Ignorant le protocole de ce genre de situation, elle se laissa guider par son hôte qui l'invita à s'installer à la petite table avant d'y déposer deux tasses, deux assiettes et un pot de thé. Il y avait déjà un gâteau au centre de la table. Beaucoup de questions se bousculaient dans sa tête, elle essayait de comprendre comment cette femme faisait pour vivre. Elle n'avait pas l'air de subir cette vie, elle n'avait pas l'air malheureuse, non elle le voyait dans ces gestes : c'était une habitude du quotidien qu'elle aimait. Élisabeth laissa naître alors pour la première fois depuis son arrivée un sourire. Elle sentait que quelque chose bougeait en elle, elle ignorait quoi, mais elle présentait qu'il y aurait du changement. Qu'après cela rien ne serait plus pareil.

Le thé fut calme et reposant. Fabienne lui expliqua qu'elle avait toujours un gâteau de prêt pour les visites impromptues, ou bien simplement pour le goûter ou le dessert au repas. C'était une habitude qu'elle tenait de sa mère qui elle-même la tenait de sa mère ; une sorte de tradition familiale. Puis elles discutèrent de leurs activités, du temps, des biens faits de la campagne et bien d'autres sujets futiles. Aucune des deux n'aborda le sujet épineux d'Ernest. En cours de route, le mari de Fabienne les avait rejoints, se servant une tasse de café. Il se montra aimable et fort prévenant. Le soleil commençait à décliner quand Élisabeth émergea de leur conversation.

— Je pense qu'il est temps pour moi de rentrer.
— Déjà ? Votre compagnie est pourtant forte agréable ! Restez donc dîner ! Nous aurons les enfants avec nous, je suis sûr qu'ils seront ravis de vous rencontrer.
— Je vous remercie Pierre, mais j'ai encore fort à faire chez moi avant le début de la semaine.

En réalité, même si elle sentait son cœur plus léger, elle ne se sentait pas le courage de rester plus longtemps et encore moins de faire connaissance avec de nouvelles personnes qui n'auraient peut-être pas la délicatesse de leurs parents. Alors qu'il allait insister Fabienne vint à son secours.

— Pierre ! Nous l'avons retenu suffisamment longtemps. Je suis heureuse que vous soyez venue Élisabeth.

Dans le train, elle fut songeuse, repensant à cette journée, à tout ce qu'elle lui avait apporté et aux conséquences de celle-ci. Quand elle fut devant son immeuble couvert de craquelures, de ce digicode dysfonctionnel, de cette porte trop lourde pour elle, Élisabeth comprit : elle ne voulait plus subir sa vie. Elle avait besoin de trouver ce qui composerait son bonheur et ce n’était pas la capitale ni cet immeuble vétuste qui pouvait le lui apporter, ni son travail qui ne lui apportait aucun épanouissement. Le geste expert et sûr d’elle, elle récupéra le numéro de sa tante et fut heureuse d’entendre sa voix.

— Élisabeth ! Quel plaisir de t’avoir ! Cela fait longtemps que je n’ai pas eu de tes nouvelles.
— Bonjour Gwen. Oui je sais, j’étais… hum quelque peu prise par le travail.
— Cela se comprend. La vie à Paris doit être très mouvementée.
— Oui, on ne cesse de courir. Dis, je me demandais est-ce que je pourrais venir quelque temps chez toi ?
— Mais bien sûr, tu es toujours la bienvenue. Tu comptes rester combien de temps ?
— Eh bien, je pensais rester un certain moment. J’avais pour idée de quitter mon boulot et Paris.
— Attends, tu es sûr de toi ? Tu as une bonne situation actuellement, ne fait pas les choses à la légère.

Dans la voix de sa tante, Élisabeth pouvait entendre une pointe d’inquiétude et elle la comprenait. Aux yeux de sa famille, elle était dans une situation convenable. Sa tante qui la considérait comme l’une de ses filles s’inquiétait plus que quiconque de la situation de la jeune femme. Bien sûr si sa nièce voulait changer de travail et de vie, elle ne s’y opposerait pas si cela pouvait lui apporter du bonheur et une situation tout aussi convenable. Cependant elle voulait être sûre qu’Élisabeth ne prenait pas cela à la légère et étudiait la chose avec tout le sérieux qu’il était demandé.

— Oui ce n’est qu’une idée pour l’instant. Tu sais, je ne suis pas vraiment heureuse dans ce que je fais et j’étouffe à Paris. Je suis juste fatiguée de cette vie à courir en permanence. J’aimerais bien faire une pause pour trouver quelque chose de mieux.
— Mieux ?
— Oui nan pas mieux, différent. Je dois trouver, quelque chose qui me convienne mieux, qui me rende heureuse. ’Fin ce qui fera que je serai épanouie.
— Dans ce cas tu es bien évidemment la bienvenue à la maison. Le calme de notre Bretagne t’aidera sans nul doute à trouver le repos nécessaire pour la réflexion.
— Merci tata, je savais que tu comprendrais et que je pouvais compter sur toi.

Lorsqu’elle raccrocha, Élisabeth était emplie de détermination. C’est en un clin d’œil qu’elle fut dans son appartement en train de regarder les procédures à suivre pour démissionner et trouver des endroits où faire don des affaires qu’elle n’emporterait pas avec elle. Elle avait dans l’idée de partir le plus léger possible, une façon de faire le vide et de repartir sur des bases plus saines.
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MessageSujet: Re: (Originale) Le gardien du phare (titre provisoire)   Sam 16 Juin - 13:15

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Chapitre 5

C'était le grand jour. Depuis sa discussion avec sa tante, un mois s'était écoulé, le temps du préavis lié à sa démission. Élisabeth savait qu'elle devrait encore payer le loyer de son appartement pendant deux mois, elle ne s'en inquiétait pas : elle avait suffisamment d'économie pour se le permettre. Sa journée avait été semblable aux autres, si ce n'est la pause déjeuner où Olivier avait tenu à l'inviter au restaurant, prétextant l'absence de pot de départ. Il est vrai qu'elle n'en avait pas souhaité, n'étant pas suffisamment proche de ses collègues à ses yeux. Le soir, après ses heures de services public, elle avait eu la surprise de découvrir une carte et un cadeau sur son bureau vidé de ses affaires. Elle se doutait que tout le monde avait été discret et que c'était leur façon de lui dire au revoir en respectant son désir de ne pas le faire. Élisabeth les avait glissés dans son sac puis avait continué le rituel de la fermeture.
Elle était à présent dans le TGV, direction Quimper. D'ici une minute, il quitterait la gare Montparnasse et sa vie actuelle. Elle ne pouvait plus faire machine arrière, elle partait vers un inconnu, ne sachant pas si elle finirait par trouver ce "mieux" désiré. Elle se rassurait en se rappelant qu'elle ne serait pas seule : sa tante serait là pour l'aider et la soutenir. C'était pour cette raison qu'elle avait décidé d'aller chez elle et non chez sa mère. Chez Gwendoline elle n'aurait pas de pression, pourrait vivre à son rythme et se trouver. Le train eut un à-coup puis il partit.
Élisabeth s'autorisa à se détendre, s'affalant dans son siège, le regard perdu sur les paysages urbains puis dans l'obscurité de la campagne. La vitre lui renvoyait son reflet : une forme toute en rondeur. Un visage rond, de grands yeux bruns, un petit nez arrondi à l'extrémité. Elle s'amusa à l'écraser, formant le traditionnel nez de cochon, lui arrachant un sourire. Elle continua son inspection : des taches de rousseurs, quelques boutons périodiques, une coupe de cheveux qui fut un carré roux, mais qui à présent ne ressemblait plus vraiment à grand-chose. Un vrai désordre permanent qui lui tombait aux épaules ; lisse sur un tiers, gonflant à hauteur des oreilles, pour adopter de légères ondulations. Maintenant qu'elle n'avait plus d'obligations, elle pourrait céder à tous ses caprices. Pourquoi ne pas les teindre en lilas ? C'était une couleur qu'elle avait toujours aimée et trouvée reposante, pile ce qu'il lui faudrait.
Le mouvement du train était apaisant, il agissait sur elle comme un somnifère et avant qu'elle ne puisse s'en rendre compte, Élisabeth s'était endormie. Lorsqu'elle émergea, un contrôleur se tenait devant elle, la main sur son épaule.

— Nous sommes arrivées au terminus, madame. Il est temps de descendre.
— Oui bien sûr, pardon. Bafouilla-t-elle, s'empressant de rassembler ses affaires.

Elle était encore dans le brouillard du sommeil lorsqu'elle interpella un taxi, c'est donc tout naturellement qu'elle se rendormit pour l'heure restante. Cette fois-ci elle se réveilla avec l'arrêt du moteur. Elle pouvait voir de la lumière à la fenêtre du salon. Sa tante, têtue, avait dû l'attendre. Élisabeth paya le chauffeur, récupéra ses sacs et resta dos au portail. La nuit était dégagée en laissant la lune briller sur la mer aux pieds des falaises. Elle inspira profondément, savourant les odeurs iodées et pures des terres reculées du Finistère. Au loin elle apercevait la lumière d'un phare. Probablement le phare d'Eckmuhl.
Lorsqu'elle se retourna, son regard se perdit sur la maison et son jardin à moitié occupé par les serres qu'elle savait remplies de fleur. Elle poussa le portail en bois qui grinça et pénétra dans la propriété. La porte d'entrée s'était ouverte au même instant, créant une intrusion lumineuse dans la nuit noire, dessinant les contours d'une femme. Élisabeth pressa le pas, traversant en un rien de temps le jardin pour rejoindre sa tante emmitouflée dans un châle. Gwendoline avait une longue masse capillaire brune et bouclée qui tombait en désordre sur ses épaules, contrastant avec son visage fin et la droiture de sa position. Lorsqu'elles furent installées dans le salon, Élisabeth profita de la chaleur du feu de cheminée.

— Le trajet s'est bien passé. J'ai dormi tout du long.
— Ainsi il ne t'a pas paru trop long. Tu as eu de la chance, le temps est plutôt clément avec nous ce soir. Avec les tempêtes à répétition des derniers jours c'est agréable. Enfin d'après la météo nous devrions être tranquilles à partir de maintenant.
— Je pourrais donc profiter sans retenue des promenades !
Gwendoline lui sourit avant d'étouffer un bâillement.
— Va donc te coucher, je monterais mes affaires moi-même.
— Laisse-moi au moins prendre un sac. Quitte à grimper autant ne pas le faire les mains vides.
— Très bien, mais un léger alors. Le petit à droite devrait le faire.

Sa tante attrapa le sac et lui souhaita une bonne nuit. Élisabeth resta une paire d'heures supplémentaires devant la cheminée. Elle avait l'impression d'être dans un rêve, incapable de croire que tout ceci était bien réel. Le repos qu'elle avait pris dans les transports lui avait coupé l'envie de dormir. Alors pour profiter de ce moment de flottement dans l'espace et le temps, elle s'installa sur le canapé, continuant la lecture qu'elle avait commencée plus tôt dans la semaine : Le rouge et le noir de Stendhal.
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