Nous sommes un forum de graphisme et d’écriture, basé sur les challenges, l'amusement, la créativité et la convivialité :)
 

Partagez | 
 

 Remède de famille.

Aller en bas 
AuteurMessage
Aer

avatar

ㄨMESSAGES : 72
ㄨINSCRIPTION : 15/04/2018
ㄨAGE : 23
ㄨ.LOCALISATION : Dans les tréfonds de la France perdue
ㄨ.TALENT : Ecriture

MessageSujet: Remède de famille.   Mer 2 Mai - 20:46

Titre : Remède de famille
Diclaimer : Tout à moi.
Statut :Complète
Rating: Tout public
Genre(s) : Histoire courte.
Résumé : Elise nous révèle un tour de magie connu seulement des mamans...



-J'ai encore mal au ventre...

-Tu as bien suivi le traitement du docteur ma chérie, demain il n'y aura plus rien, tu verras !

-Mais si jamais j'ai encore mal au ventre demain ? Aaron a dit que si j'étais pas guérie à la fin du traitement, ça veut dire que j'aurais mal pour toujours.

Je regarde ma petite Alicia cachant à moitié son visage sous sa couette. Ses yeux me  fixent avec une expression inquiète. Voilà deux jours qu'elle est à la maison à cause de la gastro. Rien de bien grave en soit, juste du repos et quelques médicaments pour calmer ses nausées. Voilà pourquoi je me serais bien passée des petites facéties d'Aaron. Il ne pouvait pas s'empêcher de faire peur à sa sœur dès qu'il en avait l'occasion. Heureusement, une maman se doit d'avoir quelques tours dans son sac. Je m'assois donc sur son lit et me penche pour murmurer à son oreille :

-Ton frère peut bien dire ce qu'il veut, tu sais ce que je te dis moi ? Demain tu n'auras plus mal du tout et tu sais pourquoi ? Je marque une pause pour lui la laisser me questionner du regard. Parce que papa et moi, on a un triangle magique que nous a donné la fée des maladies !

En entendant les mots "magique" et "fée", les yeux de ma fille s'écarquillent. Elle  repousse la couette avec une vigueur que nul n'aurait soupçonné chez la petite malade il y a quelque secondes. Comme si j'allais lui révéler le plus lourd secret du monde, elle approche son visage du mien et chuchote :

-C'est quoi le triangle magique ? C'est qui la fée des maladies ?

-La fée des maladies, c'est une gentille fée qui vient soigner les enfants quand ils tombent malade. Il y a très longtemps quand ton frère avait ton âge, j'utilisais un triangle magique chaque fois qu'il tombait malade. Il suffit que je le fasse tinter trois fois au-dessus de ta tête pour appeler la fée. Elle viendra te soigner quand tu dormiras et demain, tu seras complètement guérie ! Allonge-toi, je vais aller le chercher.

Après avoir poser un baiser sur le front d'Alicia, je me dirige vers la sortie de la pièce. Une fois arrivée dans l'encadrement de la porte, je jette un regard en arrière pour la regarder se recoucher précipitamment, complètement surexcitée à l'idée de voir  de la magie à l'œuvre. Sa couette qui était bien bordée se retrouve brutalement défaite. Pendant un instant, je me demande si j'ai bien fait de lui dire ça au moment de la mettre au lit. Je suis bonne pour lui lire une bonne demi-heure d'histoire avant qu'elle ne s'endorme. Cependant, la voir retrouver le sourire malgré ses maux de ventre me donne suffisamment de baume au cœur pour que je ne regrette pas ma décision.

Une fois dans le couloir, j'emprunte les escaliers menant au grenier. La pièce est sombre et remplie de désordre. Heureusement que c'est moi qui suis à l'origine de la majorité de ce bazar. Cela me permet de facilement trouver mon chemin à travers les cartons, bicyclettes, armoires et autre affaires entassées là. Je trouve finalement ce que je suis venu chercher dans un tiroir. Une boite à chaussure dans laquelle j'ai gardé plusieurs affaires d'Aaron quand il était petit. La petit girafe qu'il mâchonnait quand il faisait ses dents, ses premiers souliers, sa première tétine et d'autres souvenirs merveilleux. Cela faisait une éternité que je ne les avais plus vus et les avoir dans mes mains fait remonter de superbes souvenirs dans ma mémoire. Je pourrais passer une heure à contempler ces petits trésors du passé. Cependant, il y a juste en-dessous de moi, une petite fille qui attend son coup de triangle magique. En farfouillant parmi les vieux bibelots, je trouve le petit instrument que je glisse dans ma poche avant de refermer la boite et de la remettre à se place. Je quitte ensuite le grenier pour revenir au chevet d'Alicia. Comme je m'y attendais, son lit est un vrai champs de bataille quand j'entre dans la pièce au milieu duquel elle se tient assise avec un air impatient.

-Qu'est-ce que tu as fais ? m'exclamé-je.Regarde-moi cette pagaille, la fée ne viendra pas si ton lit est un tel fouillis ! Alors tiens-toi tranquille que je remette un peu d'ordre !

Avec une moue, elle s'allonge pour que je puisse tirer la couverture sur elle et la border à nouveau avant de m'asseoir à côté d'elle. Malgré le fait qu'elle reste immobile, je la sens trépigner d'impatience sous sa couette. Avec un sourire, je sors donc le fameux triangle de ma poche. En le voyant, elle retient son souffle. Ses petits doigts sortent de sous le duvet. Ses iris suivent attentivement le petit instrument métallique lorsqu'il vient se place au-dessus de son front et qu'il tinte délicatement trois fois alors que je donne des petits coups avec la tige métallique. Voilà longtemps que je n'avais plus fait cela. Ça m'avait manqué. J'aime tellement voir les regards émerveillé de mes enfants dans ce genre de moment. La voilà la véritable magie pour moi. Pour ajouter au charme du remède, je fredonne une petite comptine de fée.

-Et maintenant , une histoire et au dodo ! La fée ne pourra pas venir tant que tu es réveillée.

-Oh maman, raconte-moi une histoire de la Fée des maladies s'il te plait !

Entendre un tel nom dans la bouche d'un enfant sonne un peu étangemment un à mon oreille mais devant son expression suppliante, je ne peux pas refuser. Le seul problème, c'est que l'improvisation n'est clairement pas ma tasse de thé. Mon père et mon mari sont infiniment plus doués que moi sur ce plan. Je songe à appeler à l'aide mais repenser à mon père me donne une idée.

-Alors voilà, je vais te raconter comment mon papa a rencontré la Fée des maladies quand j'étais petite fille et comment il a eu ce triangle. C'est une histoire que ton papi me racontait tout le temps...

Pendant un moment qui me semble être une éternité, je me lance hasardeusement dans le récit  de la Fée avec pour seul support mes souvenirs de l'histoire de mon père. À de nombreuses reprises, je m'emmêle les pinceaux. Pourtant je tiens bon et à force de pirouettes scénaristiques, j'arrive au bout de l'histoire. Alicia est déjà à moitié endormie. Je dépose un baiser sur son front, éteins sa lampe de chevet et quitte la pièce en laissant la porte entrouverte et la lumière dans le couloir.

Je retourne alors dans la cuisine où mon homme et notre fils se livrent à un Puissance 4 endiablé. Après avoir ldémarré la bouilloire pour ma tisane du soir, je viens m'installer sur la chaise à côté de mon mari pour admirer le match.

-Tu as réussi à la faire dormir, Elise ? demande t'il.

-Elle attend la visite de la Fée des maladies maintenant. répondis-je avec un clin d'œil en posant le petit triangle sur la table.

Aaron ricane en m'entendant dire ça. Je lui lance un regard découragé... Ah, maudite soit la période de l'adolescence. Pourquoi faut-il que les enfants passent par cette étape ? Je ne peux m'empêcher cependant de lui glisser une petite remarque. Je suis sa mère après tout, il ne me la fera pas à moi.

-Il me semble que la Fée t'a soigné pas mal de fois quand tu avais l'âge de ta sœur, jeune homme. Aurais-tu oublié que tu chantais la mélodie du triangle avec moi tant je devais te la chanter au moindre bobo ?

-Maman, j'ai 15 ans maintenant ! dit-il en rougissant.Je crois plus à tes histoires de fées ou de triangle ! Tu devrais arrêter de les raconter, c'est trop débile !

-Plus débile que de raconter à ta sœur qu'elle pourrait rester malade toute sa vie ? Et à ta place, j'éviterai de prendre ces histoires à la légère ! On verra demain si la Fée des maladies ne soigne pas les enfants !

Il haussa les épaules d'un air provocateur et reprit sa partie. Son père et moi échangeons un regard amusé. La soirée reprend alors tranquillement son cours. Une fois ma tisane bue et quelques chapitres de mon roman engloutis, je m'en vais me coucher. Dans le salon, j'entends toujours les voix des garçons qui poursuivent leur partie. J'hésite à envoyer Aaron au lit au vu de l'heure mais son père prend son parti, prétextant qu'à son âge on peut veiller un peu, surtout quand on est en vacances d'hiver. Je n'insiste pas plus, consciente que seule contre deux je n'aurais pas gain de cause et vais me coucher.

Il doit être dix heure le lendemain quand Alicia et moi nous glissons silencieusement dans la chambre de mon adolescent. Il dort à poings fermés, sa nuit de jeux s'étant probablement finie tardivement. Une fois nous être suffisamment approchées, je fais signe à ma fille qui bondit alors sur lui en criant : "-Debout !!" . Il n'a pas le temps de comprendre ce qu'il se passe que la petite arrache sa couverture et saisit son bras. Elle est si excitée qu'elle sautille de joie.

-Aaron, debout ! La Fée des maladies ! La fée des maladies ! Elle est venue me voir cette nuit, j'ai plus mal du tout ! Ouais ! Aller lève-toi, je veux aller jouer dehors ! On fait une bataille de boule de neige !

Le pauvre marmonne quelque chose d'incompréhensible qui ressemble à un "Pitié, arrête !". Adossée au mur, je savoure notre petite vengeance sur mon garçon. Quand j'estime qu'il a assez été secoué, je dis simplement :

-Ma puce, on va laisser ton frère s'habiller, d'accord ? Et si tu allais prendre ton petit-déjeuner en attendant ?

Il n'en faut pas plus pour que la petite tornade quitte la pièce en trombe, nous laissant tous les deux dans la chambre. Alors qu'Aaron se frotte les yeux péniblement, je le prends doucement dans mes bras. Malgré sa rébellion d'ado, il se laisse très volontiers faire. Peut-être est-ce à cause du sommeil dont il n'est qu'à moitié sorti ?

-On peut dire que c'était une juste punition pour ce que tu lui as dis hier ! Alors, on croit toujours que mon triangle n'a pas de pouvoir ?. dis-je en lui ébouriffant les cheveux : Et habille-toi mieux pour dormir ! On a pas idée de dormir en caleçon en février !

À la mention de son sous-vêtement, sa pudeur le pousse à immédiatement prendre sa couverture pour s'y enrouler, cachant ainsi son corps. Je ne peux m'empêcher de rire en retournant dans la cuisine. Dire que je me souviens encore de l'époque où je changeais ses couches... Lorsqu'il nous rejoint quelques minutes plus tard, il contemple sidéré le spectacle d'Alicia qui dévore sauvagement des tartine de confiture. Dur de croire qu'hier encore elle ne mangeait qu'un peu de riz en gémissant à cause de son ventre. Pourtant, son rétablissement a  réveillé en elle un appétit d'ogre. Essayant de ne rien laisser paraître de sa surprise, il se place nochalamment à côté d'elle et attaque son petit-déjeuner. Une fois rassasiée, ma fille quitte la table en courant pour aller se brosser les dents, enfiler un manteau et promet de préparer des boules de neige pour Aaron et elle.

Une fois qu'elle a quitté la pièce, il se tourne vers moi et finit par lâcher :

-Ok, c'est quoi ton truc maman ?

-Quel truc ? fais-je innocemment.

-Tu sais, pour son mal de ventre. Tu lui as donné un truc ?

-La même chose que je te donnais il y a neuf ans quand tu avais son âge : trois coups de triangle !

Devant son air incrédule, je m'installe sur une chaise en face de lui et commence d'une voix calme :

-Ecoute bien Aaron, ce que je vais te dire sera valable toute ta vie. Que ce soit une personne, un projet au travail, un ami, une légende, ou même un triangle magique... Les choses auront sur toi l'influence que tu veux bien leur donner. Si veux croire en une chose, elle aura forcément plus d'impact sur toi. C'est le pouvoir de ta volonté. C'est ce qui s'est passé avec ta sœur. Elle a voulu croire en la fée du triangle et en cette magie et c'est ce qui lui a donné la volonté de se débarrasser de sa gastro. Ça a marché aussi avec toi pendant des années parce que tu voulais bien croire en la magie. C'est comme pour la petite souris ou le Père Noël. Voilà pourquoi j'ai arrêté de l'utiliser quand tu as arrêté de croire à ces histoires d'enfants. Pourtant, il a marché de très nombreuses fois.

-C'est débile ! Pourquoi tu l'as gardé alors ? Alicia était pas née quand j'ai arrêté de croire au Père Noël ? proteste-t'il.

-Parce que le triangle n'avait pas complètement rempli son rôle pour toi à ce moment-là. Mon père aussi a attendu que j'ai 15 ans avant de me dire ce que je suis en train de t'expliquer ici. Il a cette petite leçon a t'enseigner. C'est ça qui est magique avec ce petit  instrument. À chaque fois que des idiots se moqueront de toi ou quelque chose t'énervera, tu n'auras qu'à penser au triangle et te rappeler que si tout ça t'atteint, c'est que tu veux bien que les autres aient cette influence néfaste sur toi et que rien ne t'oblige à y prêter attention. Ça m'a beaucoup servi. Peut-être que toi aussi un jour, tu hériteras de cet instruments et tu en joueras à tes enfants pour leur apprendre cette leçon plus tard...

-Peuh, aucune chance ! dit-il d'un air boudeur en se levant. Aller, je vais m'habiller sinon elle va encore crier...

Je regarde mon grand garçon s'éloigner en souriant. Une fois seule, je commence à rire.

J'ai dit la même chose à mon père quand j'avais quinze ans...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Remède de famille.
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Album Photos de famille
» La famille élastique...
» Les repas de famille...
» (2/2) FAMILLE TORRES
» Attentats à Bruxelles - Solidarité et compassion pour les blessés et la famille des victimes

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ecris-moi un mouton :: Premier Jet :: En ligne de mire :: Les p'tites archives de mots mêlés-
Sauter vers: